Pépito et Gus

Pépito a un bon copain qui s’appelle Gus. Gus est un peu plus grand que lui, son pelage est blanc avec quelques taches brunes et ses poils sont mi-longs. C’est un voisin qu’il croise parfois tous les jours pendant trois jours, puis plus du tout pendant trois semaines. Ce sont les lois du hasard. Quand ils ne se sont pas vus depuis longtemps, l’un ou l’autre hésite parfois, comme s’il n’en croyait pas ses yeux. Quand Pépi reconnaît Gus de loin, il se couche par terre, à plat ventre, dans la position du chasseur qui va bondir sur sa proie. Mais quand Gus arrive, c’est un bond de joie et de jeu que Pépi fait. Ils se sautent dessus, se ressautent dessus, s’éloignent l’un de l’autre, reniflent un arbre intéressant, font quelques pas, semblent oublier la présence de l’autre, puis la découvrent et recommencent leurs jeux. Cette succession d’événements peut se reproduire plusieurs fois. Surtout si tous deux se perdent de vue parce que leur maître a choisi un chemin différent et qu’ils se croisent à nouveau, tout recommence depuis le début. Comme s’ils ne s’étaient pas vus depuis une semaine.

Pépito et le petit chat

De retour de promenade, Pépito et sa maîtresse croisent un garçonnet assis sur des marches.
Il tient un chat dans ses bras. Elle est tigrée et s’appelle Lora. Le garçonnet explique à la maîtresse de Pépi que Lora ne sort jamais, et qu’elle a un peu peur maintenant.
La maîtresse de Pépito se demande si son petit animal à elle a aussi peur, car c’est la première fois qu’il se trouve aussi proche d’un chat. Ce qu’elle sait, c’est qu’elle ne veut pas que le chien et le chat se retrouvent trop près l’un de l’autre. Le petit garçon ne comprend pas pourquoi. Il ne parle pas encore très bien le français et, surtout, il ne connaît pas l’expression « s’entendre comme chien et chat », qui existe peut-être aussi dans sa langue maternelle. Et toi, tu sais ce que cela veut dire « s’entendre comme chien et chat » ?

Pépito est un voleur de carottes

Pépito aurait-il, comme sa maîtresse, un goût prononcé pour les carottes ? Autrement dit, est-ce que Pépito aime les carottes, alors qu’il n’est ni un cheval, ni même un lapin ? Quand sa maîtresse coupe une carotte crue en rondelles, il arrive qu’une rondelle s’échappe et atterrisse sur le sol de la cuisine.
Où qu’il se trouve dans l’appartement, Pépito a entendu la chute et il arrive rapide comme l’éclair.
Sa maîtresse découvre le pot aux roses quand elle trouve le morceau de carotte dans son panier. Intact.
Il ne l’a même pas grignoté. Et si Pépito était un voleur…

Un jour, ce n’est pas une rondelle de carotte qu’il a subtilisée, mais un minuscule tournevis.
Un artisan plombier s’affairait sous l’évier de la cuisine. La maîtresse de Pépi l’entend s’étonner « mais où donc mon tournevis ? L’ai-je oublié dans la voiture ? Madame, je vais chercher un outil ». L’outil, c’est Pépi qui l’a pris. Le tournevis est dans son panier, en parfait état. Par contre, Pépito a complètement rongé le nouveau joint en caoutchouc et l’a réduit en petits morceaux avec ses quenottes. Cela fait rire le plombier. Il a des joints en réserve.

Pépito est malin

Pépi, comme le petit Gris-Gris, aimerait dormir dans la chambre de sa maîtresse toutes les nuits.
Lui, c’est sous le lit qu’il est heureux. Dans une boîte tapissée de vieux vêtements. De temps en temps, sa maîtresse laisse sa porte entrouverte pour qu’il puisse rentrer. Surtout quand il y a des pétards dehors ou des aboiements de chiens qui lui font peur. Car Pépi est un petit chien sensible au bruit. Mais on ne sait pas vraiment pourquoi, la maîtresse de Pépi ne veut pas que cela devienne une habitude, de dormir dans sa chambre. La plupart du temps, elle veille à bien fermer la porte.

Un soir, alors qu’elle se brosse les dents, elle aperçoit son malin petit Pépito qui vient voir si, par chance, la porte de la chambre est ouverte. Elle ne l’est pas et il fait demi-tour ! Sagement.

Pépito assistant petit tailleur

Un petit tailleur, un tailleur tout court ou même un grand tailleur coud ou raccommode des vêtements. Souvent, il est assis en tailleur.
Aujourd’hui, la maîtresse de Pépito veut raccommoder un couvre-lit qu’elle aime beaucoup. Il est de couleur vert olive et même si cette couleur n’est pas tout à fait assez vive à ses yeux, le couvre-lit est très beau, car il est soyeux comme s’il était parcouru de fils d’or. Elle l’a acheté avec les sous de sa maman à elle, ce qui donne encore plus de valeur à l’objet.
Mais Pépito a, lui aussi, découvert qu’il aimait beaucoup le couvre-lit. Malheureusement, lui ne l’aime pas avec ses yeux, ses pattes ou ses poils, il l’aime avec sa langue et ses minuscules crocs. Plusieurs fois, après s’être étonnée de ne plus l’entendre du tout, la maîtresse de Pépito l’a trouvé dans la chambre en train de vider le couvre-lit de son molleton. Il grignotait d’abord la partie attaquée, la trouait, et petit à petit sortait le coton blanc qui donne son moelleux au couvre-lit.
Il a fait tant de trous que la maîtresse se demande si le couvre-lit n’a pas fini sa vie de couvre-lit.
Elle cherche dans les magasins, dans les boutiques et sur les marchés, mais n’en trouve nulle part un aussi joli. Elle décide de lui donner une dernière chance : elle s’assied en tailleur, prend le grand couvre-lit sur ses genoux, enfile un beau fil de soie sauvage vert olive dans le chas de l’aiguille et commence le patient travail de reprisage. Très vite, Pépito vient se coucher sur le bord distal, cela veut dire le bord éloigné, du couvre-lit. D’abord, il fait mine de dormir, puis sa maîtresse entend un petit bruit suspect : il tète le tissu et s’apprête à le croquer pendant que sa maîtresse le raccommode de l’autre côté. Elle lui crie « Non, non, petit coquin ! ». Il cesse.

Pépi aime les frites

Pépi et sa maîtresse se rendent parfois dans un café du quartier. Une cours d’admirateurs trouvent que Pépi a une jolie frimousse, des yeux tout pétillants et une queue magnifique. Pépi s’en moque, il n’est pas sensible aux compliments. Il esquive les caresses et, quand il est très inspiré, renifle du bout de la truffe les doigts qui se tendent vers lui. Non, lui, ce qu’il aime dans ce café, c’est slalomer entre les pieds de chaise à la recherche de frites abandonnées. Il a bon goût Pépi, car les frites sont bonnes dans ce petit troquet. Mais maintenant c’est l’été, le café a fermé. Il faut bien se reposer. Les fenêtres ont les volets baissés, la porte est vérouillée. Pourtant, à chaque passage, Pépi veut y aller. Il tire vers la porte close. Pépito a bonne mémoire et c’est bientôt la rentrée !

Pépi et les chaussures

Pépi adore les chaussures. En tout cas, c’est ce que sa maîtresse pense, mais sans comprendre tout à fait pourquoi. Quand il reste tout seul à la maison, en l’absence de sa maîtresse, il n’arrache pas le papier peint du corridor, il ne décroche pas la robe de chambre comme il le fait parfois la nuit, il ne ronge pas les coins du tabouret, on activité du soir, non, Pépi fait pousser des chaussures sur le tapis du salon. Une botte noire à haut talon, une paire de chaussures en caoutchouc blanches et un godillot à tout faire. Drôle de pelouse et fleurs inhabituelles. La botte noire est plus grande que Pépi et la paire de chaussures blanches bien lourde. De toutes ses petites forces, Pépi les a tractées puis remises d’aplomb. Mais comment ? Et pourquoi ? Le tapis est sa tanière et les chaussures son butin ? La botte en cuir est un peu sauvage : elle est née comme peau de vache ou peau de veau, son odeur est encore forte de son animalité et quand Pépi la mâchouille, elle résiste sous la dent. Les bottes en caoutchouc sentent bon la transpiration des jours de pluie où la maîtresse de Pépi n’a pas mis de chaussettes.

Pépi a-t-il peur qu’on vole sa croquette ?

Pépi a d’autres intérêts dans la vie que de manger. Alors souvent, ses croquettes attendent bien longtemps avant d’être consommées. La situation est complètement différente si sa maîtresse dépose une friandise de chien comme cerise sur son gâteau de croquettes. Une friandise de chien, cela peut être un petit morceau d’intestin de bœuf séché, un sabot de vache ou un morceau de saucisse d’âne. Alors là, comme si Pépito était le conducteur d’un avion à hélice, un cavalier sur son pur sang ou un orang-outan, il fonce en piqué sur sa gamelle, prend dans ses mâchoires d’habitudes adorables le petit bout de plaisir et file très loin de sa maîtresse. Pour l’engloutir. Quand il y a plusieurs petites friandises, et qu’il ne peut en prendre qu’une dans sa gueule, il recommence son manège : il vient ventre à terre, saisit le bitzeli et repart comme un voleur.
Mais de quoi a-t-il peur ?
Sa maîtresse ne va pas lui reprendre la douceur qu’elle lui a donnée !
En langage de professeur de comportement de chien, cela s’appelle la protection de ressources. C’est un réflexe que Pépi a hérité de ses ancêtres, qui l’ont hérité de leurs ancêtres qui l’ont hérité de leurs ancêtres et ainsi de suite jusqu’au moment où les ancêtres étaient à moitié chien et à moitié loup et que les êtres humains avaient encore plus faim que les chiens-loups eux-mêmes. Parce que dans la nature, les humains ne savaient pas chasser, contrairement aux loups.

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